Voies Oubliées

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Le voyage · Yann

Ma part de ballast

Yann

Je partais, le col nu, par les soirs de septembre,Mes souliers déchirés buvaient l'eau des fossés ;Le remblai s'en allait, tout droit, vers l'insensé,Et je le suivais, moi, sans savoir où descendre.

Les rails étaient partis. Restaient, dans les genêts,Les traverses pourries, ces longues dents de peigne,Et l'ortie et la ronce et le vent qui les baigne,Et moi qui n'avais rien, j'avais tout ce qui naît.

Ô gares sans wagons ! Ô quais pour les fantômes !J'ai dormi dans vos halls comme dans des royaumes,Le ventre creux, les yeux d'astres, sans sommeiller.

Et j'écoute, à présent que la nuit est ancienne,Passer sous mes talons la rumeur souterraineD'un train qui n'a jamais fini de s'en aller.

Notice

Les traverses restent souvent en place après la dépose des rails : c'est le vestige le plus courant sur les lignes démontées d'après-guerre, et le premier qu'on rencontre en remontant une plateforme à pied.

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Sources

  • Yann, texte inédit, 2026.